
La Forge des Apocryphes
Le vent froid de novembre glisse sur les champs de maïs séché, courbant les tiges brunes comme des doigts de suppliants. Je marche le long du chemin de terre battue qui mène à la grande grange blanche, mes bottes crissant sur le gravier gelé.
Story context
World description
Un crossovers entre, le film Paranormal activity Next of kin et une enquête éventuellement par Caleb Sterling du FBI, et dans la vie réelle dans le nord du comté de Lancaster. Bethléem's Gate est une communauté de Mennonites de l'ancien ordres de 1000 âmes qui c'est radicalisés depuis que Jacob Beiler est devenu le patriarche. Bethléem's Gate est un mixe entre les traditions religieuses et mode de vie traditionnelle et pieux c...
Chapter samples
1Chapter 1▾
Le vent froid de novembre glisse sur les champs de maïs séché, courbant les tiges brunes comme des doigts de suppliants. Je marche le long du chemin de terre battue qui mène à la grande grange blanche, mes bottes crissant sur le gravier gelé. Autour de moi, les bâtiments de Bethlehem's Gate s'élèvent dans la lumière grise de l'après-midi ...
Le vent froid de novembre glisse sur les champs de maïs séché, courbant les tiges brunes comme des doigts de suppliants. Je marche le long du chemin de terre battue qui mène à la grande grange blanche, mes bottes crissant sur le gravier gelé. Autour de moi, les bâtiments de Bethlehem's Gate s'élèvent dans la lumière grise de l'après-midi — propres, austères, silencieux. Les fenêtres sont sombres. Les rideaux de lin blanc ne bougent pas. Je connais chaque maison, chaque visage derrière ces vitres. J'ai baptisé leurs enfants, j'ai enterré leurs morts, j'ai lu dans leurs yeux cette lueur que j'y ai moi-même allumée. La foi. La certitude. La peur aussi, parfois, mais une peur utile, une peur qui purifie. Ma main droite tremble légèrement en atteignant la porte de la grange. Je la serre contre ma cuisse, le temps que la secousse passe. Depuis quelques semaines, mon corps me trahit par à-coups — des tremblements, des saignements de nez discrets que j'essuie avant que quiconque ne les voie. Le Seigneur éprouve ses serviteurs, me dis-je. Mais la phrase sonne creux, même dans ma propre tête. J'ouvre la porte. L'intérieur de la grange sent le foin sec, le bois vieilli et l'huile de lampe. Une cinquantaine de fidèles sont assis sur les bancs de pin, leurs vêtements sombres formant une mer immobile. Les hommes à gauche, les femmes à droite. Les enfants au premier rang, sages comme des statues de cire. Tous les regards se tournent vers moi. Je monte sur l'estrade de bois, mes semelles résonnant dans le silence. La Bible posée sur le pupitre est ouverte au livre d'Hénoch, ce texte que les églises modernes ont rejeté mais que nous savons vrai. Je pose mes paumes à plat sur les pages, sentant le grain du papier sous mes doigts. « Frères et sœurs », dis-je, ma voix portant sans effort dans l'espace vide. « Nous vivons des temps d'épreuve. » Un murmure parcourt l'assemblée. Je sais ce qu'ils pensent. Anna. La fuite d'Anna avec l'enfant. La brèche dans notre muraille. « Mais chaque épreuve est une visitation », je continue, plus doucement. « Chaque perte est une semence. » Mes yeux parcourent les visages levés vers moi. Ils ont besoin de croire. Ils ont besoin que je sois fort. Et je le suis. Je le serai. Pourtant, au fond de la grange, une ombre bouge. Un homme que je ne reconnais pas. Costume sombre, carrure solide, le regard fixé sur moi avec une intensité qui n'a rien de la dévotion. Mon pouls s'accélère. Je ne l'ai pas invité.
2Chapter 2▾
Je fixe l’inconnu au fond de la grange, et mes mains quittent lentement les pages de la Bible. Le geste est mesuré, presque cérémonieux, comme si je déposais un poids sacré pour en saisir un autre. Je descends de l’estrade, une marche après l’autre, le bois gémissant sous mes semelles. Les fidèles retiennent leur souffle. Je le sens dans...
Je fixe l’inconnu au fond de la grange, et mes mains quittent lentement les pages de la Bible. Le geste est mesuré, presque cérémonieux, comme si je déposais un poids sacré pour en saisir un autre. Je descends de l’estrade, une marche après l’autre, le bois gémissant sous mes semelles. Les fidèles retiennent leur souffle. Je le sens dans la façon dont les épaules se figent, dont les regards glissent de moi vers l’homme du fond. Cinquante paires d’yeux qui cherchent ma réaction pour savoir comment interpréter cette intrusion. Je marche dans l’allée centrale, lentement, sans hâte. Mon dos reste droit, mes épaules ouvertes. Je ne dois rien montrer de la tension qui noue mes entrailles. Chaque pas m’éloigne de la lumière des lampes à huile pour m’enfoncer dans la pénombre où se tient l’inconnu. À trois mètres de lui, je m’arrête. Il est plus grand que je ne l’avais estimé depuis l’estrade. La quarantaine, les cheveux gris taillés court, un visage calme aux traits solides. Son costume sombre est de bonne coupe, mais ce n’est pas un vêtement du dimanche. C’est un uniforme déguisé. Et ses yeux — des yeux qui n’ont jamais appris à baisser le regard devant l’autorité. « Qui êtes-vous, et pourquoi êtes-vous entré sans ma permission ? » Ma voix est calme. Presque douce. C’est ainsi que je parle quand je suis le plus dangereux, et les anciens de la communauté le savent. Ils ont vu cette douceur précéder des expulsions, des pénitences publiques, des ruptures silencieuses. L’homme ne bronche pas. Il soutient mon regard avec une aisance qui me déplaît. « Je m’appelle Caleb Sterling », dit-il d’une voix grave, posée, qui porte dans le silence de la grange. « Je suis agent spécial du FBI. » Un souffle parcourt l’assemblée derrière moi. Quelques chuchotements, vite réprimés. L’agent Sterling sort lentement une pièce d’identité de sa poche intérieure, sans geste brusque, et la tient à hauteur de mes yeux. Je ne la regarde pas. Je regarde lui. « Je suis ici dans le cadre d’une enquête », poursuit-il en rangeant son badge. « Une femme et son enfant ont quitté cette communauté il y a trois semaines. Anna Beiler et son fils. » Le nom résonne dans le vide de la grange comme une pierre jetée dans une eau calme. Je sens les regards des fidèles peser sur ma nuque. Je sens le silence qui retient son souffle, qui attend ma réponse, qui espère que je vais dissiper cette ombre d’un mot. Je ne quitte pas les yeux de l’agent Sterling. « Anna Beiler est partie de son plein gré », dis-je, la voix toujours égale. « Nous ne retenons personne contre sa volonté, ici. » Un léger tic agite ma main droite. Je la glisse dans ma poche avant qu’il ne le voie.
3Chapter 3▾
Je fais un pas vers l'agent Sterling, ma main toujours dans la poche, et je lui souris froidement. « Anna Beiler vous a-t-elle dit pourquoi elle est partie ? » Ma voix glisse dans le silence comme une lame fine. Je vois ses yeux ciller à peine, une fraction de seconde, et je sais que j’ai touché juste. Il n’a pas parlé à Anna. Il n’a pa...
Je fais un pas vers l'agent Sterling, ma main toujours dans la poche, et je lui souris froidement. « Anna Beiler vous a-t-elle dit pourquoi elle est partie ? » Ma voix glisse dans le silence comme une lame fine. Je vois ses yeux ciller à peine, une fraction de seconde, et je sais que j’ai touché juste. Il n’a pas parlé à Anna. Il n’a pas recueilli son témoignage. Il est venu ici sans savoir, sans preuve, sans elle. C’est alors que le mouvement se produit. Au troisième rang, une femme se lève. Ses articulations craquent dans le silence. Elle est vieille, le dos voûté par les années et le travail, un fichu noir serré sous son menton. Elle lève un doigt osseux, tremblant, et le pointe vers l’agent. « Tu n’as pas le droit », dit-elle d’une voix chevrotante mais claire, qui porte dans l’air épais de la grange. « Tu n’as pas le droit de venir ici avec tes habits du monde et tes questions. » Les têtes se tournent. Je reconnais sœur Miriam, la veuve de feu Joseph Beiler, mon cousin. Soixante-dix ans de loyauté, soixante-dix ans de silence pieux. Elle n’a jamais pris la parole pendant un office. Jamais. Son doigt tremble, mais sa voix ne tremble pas. « Anna est partie parce qu’elle avait le diable dans le cœur. C’est tout ce que tu dois savoir, agent. » Un murmure parcourt l’assemblée. Quelques amens discrets, des têtes qui hochent. Je regarde la scène sans bouger, mesurant l’effet produit. Miriam a dit ce que beaucoup pensent, ce que j’aurais pu dire moi-même, mais avec une authenticité que je ne peux pas feindre. La colère sincère d’une vieille femme qui croit défendre sa communauté. L’agent Sterling soutient son regard sans hostilité. Il incline légèrement la tête, comme pour saluer sa franchise, puis reporte son attention sur moi. « Je n’ai pas parlé à Anna Beiler », admet-il. « Elle n’a pas porté plainte. Mais une mère qui fuit son foyer avec un enfant au milieu de la nuit, sans bagages, sans explications, ça laisse des traces. Des voisins ont vu. Des proches se sont inquiétés. » Il marque une pause, et son regard parcourt l’assemblée derrière moi. « Je suis ici pour comprendre. Pas pour accuser. » Ses paroles sont douces, raisonnables. C’est ainsi qu’ils opèrent, les hommes de loi. Ils entrent avec des mots paisibles et des questions innocentes, et ils repartent avec des fissures dans les murs que vous avez mis des années à bâtir. Je retire lentement ma main de ma poche. Je la laisse pendre le long de mon corps, doigts ouverts, paume offerte. Un geste d’ouverture. « Alors comprenons ensemble, agent Sterling. » Je fais un signe de tête vers la sortie de la grange, vers la lumière du jour qui filtre par les planches mal jointes. « Mais pas ici. Pas devant les enfants. » Je sens le regard de Miriam sur ma nuque, lourd de questions qu’elle n’osera jamais poser.




