
Le regard suspendu
Le gymnase tremble sous les cris et les tambourins. L’odeur du sueur et du vieux bois flotte dans l’air surchauffé, mêlée aux effluves de pop-corn et de déodorant bon marché.
Story context
World description
L'université est un microcosme vibrant, avec ses couloirs animés, sa bibliothèque silencieuse et son gymnase survolté. Les regards se croisent, les rumeurs courent, et les cœurs se cachent derrière des sourires de façade. C'est un monde où le statut social et les apparences règnent, mais où les sentiments les plus vrais peuvent éclore dans l'ombre des projecteurs.
Initial situation
Le gymnase de l'université vibre sous les acclamations. Le match de basket bat son plein, et Julien, le basketteur vedette, domine le terrain avec une arrogance tranquille. Dans les gradins, Rose, le cœur battant, serre une bouteille d'eau contre elle. Elle a pris son courage à deux mains : elle va descendre vers le banc et lui offrir à boire, espérant un regard, un mot, un signe qui brisera la glace entre eux.
Objective
Que Julien et Rose surmontent leur peur et leur orgueil pour enfin se déclarer leur amour.
Character introduction

Rose
Role: Étudiante petite amie de Eric
Chapter samples
1Chapter 1▾
Le gymnase tremble sous les cris et les tambourins. L’odeur du sueur et du vieux bois flotte dans l’air surchauffé, mêlée aux effluves de pop-corn et de déodorant bon marché. Rose se tient au bord du gradin, les doigts crispés sur la bouteille d’eau fraîche. Sa jupe écossaise, un peu trop courte, frôle ses cuisses nues tandis qu’elle se p...
Le gymnase tremble sous les cris et les tambourins. L’odeur du sueur et du vieux bois flotte dans l’air surchauffé, mêlée aux effluves de pop-corn et de déodorant bon marché. Rose se tient au bord du gradin, les doigts crispés sur la bouteille d’eau fraîche. Sa jupe écossaise, un peu trop courte, frôle ses cuisses nues tandis qu’elle se penche légèrement pour mieux voir le terrain. Julien traverse la raquette comme un poisson dans l’eau. Il dribble, feinte, puis s’élève dans un saut parfait. Le ballon décrit une courbe nette avant de traverser le filet dans un bruit sec. Les gradins explosent. Lui, il ne sourit même pas. Il essuie son front d’un revers de main et jette un regard distrait vers le banc, où son coach lui tend une serviette. Le cœur de Rose cogne si fort qu’elle l’entend presque par-dessus le vacarme. Elle a répété ce geste cent fois dans sa tête depuis ce matin. Descendre les marches, traverser le couloir, s’approcher du banc. Tendre la bouteille. Dire quelque chose de léger, de naturel. « T’as soif ? » Ou peut-être « Beau match. » Non, trop banal. « Tiens, j’ai pensé que ça te ferait plaisir. » Oui, ça. Simple, gentil. Sauf qu’elle n’arrive pas à bouger. Ses pieds semblent vissés au béton. Elle regarde ses propres mains trembler autour du plastique frais, et une vague de honte lui chauffe les joues. Pourquoi est-ce si difficile ? Il n’est qu’un garçon. Un garçon qu’elle connaît depuis l’enfance, avec qui elle a partagé des goûters, des devoirs, des rires. Mais ce garçon est devenu un dieu du campus, entouré de filles qui lui tournent autour comme des papillons autour d’une flamme. Et elle, Rose, la douce, la réservée, celle qu’on regarde à peine quand il est dans la pièce… Elle serre la bouteille plus fort, jusqu’à ce que le plastique craque légèrement. Sur le terrain, la mi-temps sonne. Les joueurs se dispersent, certains s’affalent sur le banc, d’autres attrapent des gourdes. Julien reste debout, les mains sur les hanches, le souffle encore court. Il tourne la tête vers les gradins, et son regard balaie la foule sans s’arrêter. Puis il s’arrête sur elle. Une seconde. Peut-être deux. Ses yeux sombres, encore brillants d’effort, la fixent avec une intensité soudaine. Rose sent son souffle se bloquer. La bouteille lui glisse presque des doigts. Elle voit ses lèvres s’entrouvrir, comme s’il allait dire quelque chose, mais un coéquipier lui tape sur l’épaule et il détourne la tête. Le moment est passé. Rose reste figée, le cœur en cavale, la bouteille toujours serrée contre sa poitrine. Autour d’elle, la foule continue de vivre, de crier, de rire. Mais elle n’entend plus rien. Juste le battement sourd de son propre sang, et cette question qui tourne en boucle dans sa tête : est-ce qu’il a vraiment posé les yeux sur elle, ou est-ce qu’elle a rêvé ?
2Chapter 2▾
Le pied de Rose quitte la marche comme si une force invisible la poussait enfin. Elle descend les gradins sans réfléchir, sans laisser à sa peur le temps de la rattraper. La bouteille d’eau lui colle aux doigts, froide et ferme, et chaque pas résonne sous ses semelles sur le béton. Les conversations autour d’elle s’estompent. Elle traver...
Le pied de Rose quitte la marche comme si une force invisible la poussait enfin. Elle descend les gradins sans réfléchir, sans laisser à sa peur le temps de la rattraper. La bouteille d’eau lui colle aux doigts, froide et ferme, et chaque pas résonne sous ses semelles sur le béton. Les conversations autour d’elle s’estompent. Elle traverse le couloir qui sépare les tribunes du terrain, et l’air lui-même semble changer : plus lourd, plus chaud, chargé de cette odeur de sueur et de parquet ciré. Ses jambes avancent toutes seules, mécaniques, tandis que son cœur tambourine si fort qu’elle sent ses tempes pulser. Julien est là, à quelques mètres. Il s’est tourné vers le banc, une serviette autour du cou, et il écoute d’une oreille distraite son coéquipier qui lui parle en faisant des gestes amples. Sa nuque est luisante de transpiration, ses épaules se soulèvent encore au rythme de sa respiration. Rose ralentit malgré elle. Ses doigts se crispent sur le plastique. Elle est si près maintenant qu’elle pourrait compter les gouttes qui perlent sur sa peau. Mais les mots qu’elle a répétés toute la journée s’évanouissent, avalés par le vide dans sa tête. — Julien. Sa propre voix la surprend. Elle est sortie toute seule, plus douce qu’elle ne l’aurait voulu, presque fragile. Il se retourne, et ses yeux sombres tombent sur elle avec une telle franchise qu’elle en oublie de respirer. Il la regarde. Vraiment. Pas ce regard furtif qu’il lui lance parfois dans les couloirs, pas ce balayage distrait qu’il offre à la foule. Non. Ses pupilles s’agrandissent à peine, et son visage, d’ordinaire si fermé sur le terrain, semble se détendre d’un cran. — Rose ? Son prénom dans sa bouche. Il le dit comme s’il vérifiait que c’est bien elle, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Un silence étrange s’installe entre eux, à peine troublé par le brouhaha du gymnase. Elle tend la bouteille d’un geste maladroit, le bras un peu trop raide. — J’ai pensé que… tu aurais soif. Les mots tombent, simples, sans fioritures. Elle voit ses doigts à lui hésiter une fraction de seconde avant de se refermer sur le plastique glacé. Leurs peaux se frôlent à peine, mais la sensation lui remonte le long du bras comme une décharge électrique. Il baisse les yeux sur la bouteille, puis les relève vers elle. Un sourire minuscule, presque invisible, tire le coin de ses lèvres. — Merci. Un seul mot. Mais il le dit bas, rien que pour elle, comme si autour d’eux le gymnase n’existait plus. Rose sent ses joues s’embraser. Elle reste plantée là, les bras ballants, ne sachant plus quoi faire de ses mains maintenant qu’elle a donné l’eau. Julien dévisse le bouchon et boit une longue gorgée, la tête renversée. Sa pomme d’Adam monte et descend. Quand il repose la bouteille, une goutte d’eau perle à sa lèvre inférieure et il l’essuie d’un revers négligent. — T’es venue me voir jouer ? La question est simple, presque banale. Mais dans sa bouche, elle prend un poids que Rose n’ose pas analyser.
3Chapter 3▾
Le « euh » sort tout seul, sans qu’elle puisse le retenir. Un son ridicule, à peine articulé, qui flotte entre eux comme une bulle de gêne. Rose sent ses joues s’enflammer plus encore, et elle baisse les yeux une seconde, honteuse de ce bégaiement qui la trahit. Julien ne rit pas. Il reste là, la bouteille à la main, à la regarder avec u...
Le « euh » sort tout seul, sans qu’elle puisse le retenir. Un son ridicule, à peine articulé, qui flotte entre eux comme une bulle de gêne. Rose sent ses joues s’enflammer plus encore, et elle baisse les yeux une seconde, honteuse de ce bégaiement qui la trahit. Julien ne rit pas. Il reste là, la bouteille à la main, à la regarder avec une patience qui la déstabilise plus que s’il s’était moqué d’elle. Ses doigts tournent machinalement le bouchon, un geste lent, presque hypnotique. — Je veux dire… oui, finit-elle par articuler en relevant le menton. Je t’ai vu marquer le dernier panier. Celui du milieu du terrain. Il incline la tête, une lueur dans ses yeux sombres. Un compliment discret, mais il l’accepte comme on accepte un cadeau fragile, avec précaution. — Tu t’y connais, toi, en basket ? La question est douce, sans moquerie. Il semble sincèrement curieux, comme s’il redécouvrait une personne qu’il croyait connaître. Rose hausse une épaule, les mains soudain trop lourdes au bout de ses bras. — Un peu. Mon père regarde les matchs à la télé. C’est idiot comme réponse. Elle aurait pu dire n’importe quoi d’autre, mais les mots lui échappent, et elle se maudit intérieurement. Pourtant, Julien ne semble pas trouver ça bête. Il hoche la tête, essuie son front du dos de la main, et son regard glisse une fraction de seconde vers le terrain avant de revenir se poser sur elle. — La deuxième mi-temps commence dans cinq minutes, dit-il en désignant le tableau d’un mouvement de tête. Rose hoche la sienne, le cœur serré. C’est une fin, une porte qui se referme doucement. Elle devrait remonter dans les gradins, retrouver sa place parmi les autres spectateurs, et le regarder de loin comme elle l’a toujours fait. Mais ses pieds refusent de bouger. Julien semble hésiter. Il jette un coup d’œil vers son équipe qui se rassemble près du banc, puis revient à elle. Sa main se lève, hésitante, et il touche son épaule. À peine. Le bout de ses doigts effleure le tissu de sa chemise, une pression si légère qu’elle pourrait n’être qu’une brise. — Reste après le match, dit-il à voix basse. Ce n’est pas une question. C’est presque un ordre, mais sa voix tremble sur les bords, comme s’il risquait tout en prononçant ces mots. Ses doigts se retirent, et il recule d’un pas, la bouteille toujours serrée dans sa main. — On pourra parler. Il tourne les talons avant qu’elle puisse répondre, rejoint ses coéquipiers d’une foulée souple. Rose reste figée sur place, le souffle court, le mot « rester » qui résonne dans sa tête comme une promesse.




